L'Anjou Agricole 25 mars 2016 à 09h00 | Par L'Anjou Agricole

"Les mesures décidées à Bruxelles sont insuffisantes"

Le président de la FNSEA revient sur les annonces du Conseil des ministres de l'Agriculture du 14 mars dernier.

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Xavier Beulin, président de la FNSEA.
Xavier Beulin, président de la FNSEA. - © Actuagri

Quelle est votre première réaction vis-à-vis des mesures annoncées par le Conseil des ministres ?

Xavier Beulin : elles sont insuffisantes au plan communautaire et ne comportent que deux nouveautés par rapport aux annonces de septembre dernier. L'autorisation d'une gestion volontaire de la production entre organisations et producteurs avec l'activation de l'article 222 est un acte politique, mais insuffisant. Pour se mettre en place, il faut un financement européen et une volonté des grands opérateurs européens. La deuxième mesure donne l'autorisation à un État-membre de déroger au plafond de minimis pour bénéficier d'aides nationales. En clair, un agriculteur français aujourd'hui peut percevoir 15 000 euros d'aides hors PAC cumulé sur trois ans. Exceptionnellement la Commission européenne (CE) accepte l'octroi d'aides nationales exceptionnelles systématiques de 15 000 euros/an. Concernant le stockage privé, il n'y a rien sur le soutien à l'export, aucune réponse sur l'embargo. L'Europe doit renouer avec la politique dans le bon sens du terme. Est-ce aux paysans de notre pays de payer les conséquences de l'embargo russe ? Sur l'étiquetage, la France bénéficie d'une dérogation. On va s'en servir avec un décret sur l'obligation d'étiqueter les produits transformés. L'idée étant de créer un groupe de pression avec des pays qui ont la même relation que nous vis-à-vis de l'alimentation, de l'origine et de la traçabilité. Il s'agit bien de renouveler le contrat de transparence, donc le contrat de confiance avec les consommateurs citoyens.

 

L'incitation financière pour réduire la production laitière pourra-t-elle venir des États ?

Les États-membres vont finir par s'enrhumer. Il faudrait plutôt que la disposition soit européenne. Pendant la crise du lait en 2009, les perspectives à six/huit mois de retournement de la conjoncture étaient avérées. Aujourd'hui, quand j'observe le marché mondial, je constate que la Nouvelle-Zélande a dévalué sa monnaie pour renforcer une démarche volontaire et assumée à l'export en faveur de sa politique laitière. La semaine prochaine, je rencontrerai le ministre de l'Agriculture néo-zélandais pour lui en parler. Aujourd'hui, sur un terme de six/huit mois, il n'y a pas de perspectives positives. Je rappelle au passage que la France est le seul pays à ne pas avoir augmenté sa production en 2015. On demande à ce qu'un accompagnement financier soit coordonné. Là encore, l'Europe doit se réveiller. Il faut plus de cohésion, d'harmonisation et d'action.

 

Les mesures structurelles du gouvernement sont-elles à la hauteur ?

En tout cas, elles avancent dans la bonne direction. Ce que nous voulons, c'est pouvoir rester dans la course européenne sans avoir de boulets à nos pieds. Nous avons obtenu de relever les seuils d'installations classées pour les ateliers d'engraissement des bovins et de vaches laitières et de supprimer les régimes de déclaration avec contrôle périodique. Concrètement, ce sont des économies sur les coûts de ces contrôles de 700 euros/an et sur les études d'impact. De la même manière, nous travaillons à remettre du pragmatisme dans le plan Ecophyto 2 en proposant des indicateurs qui ne s'arrêtent pas au nombre de doses utilisées mais qui mesurent les quantités de substances actives (QSA) en tenant compte des démarches de progrès et d'innovation. Et au chapitre structurel, il ne faut pas oublier les mesures fiscales obtenues en fin d'année pour lisser nos revenus, ni la baisse de 7 points des cotisations maladies (qui s'ajoutent aux 3 points obtenus l'année dernière). C'est une réponse au « dumping social » de certains de nos concurrents.

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